métier


métier

métier [ metje ] n. m.
menestier, mistier « service », « office » Xe; lat. ministerium (→ ministère), altéré en °misterium, par crois. avec mysterium
I
1Genre d'occupation manuelle ou mécanique qui exige un apprentissage et qui est utile à la société économique. art, industrie. « Un vrai métier, un art purement mécanique, où les mains travaillent plus que la tête » (Rousseau). Régime des métiers au Moyen Âge. corporation . Les corps de métiers. Conservatoire, École des arts et métiers.
2Genre de travail déterminé, reconnu ou toléré par la société et dont on peut tirer ses moyens d'existence. profession; fonction; gagne-pain; fam. 2. boulot, 2. job. Métier manuel, intellectuel. Le métier de la guerre, des armes. 1. parti. Petits métiers, artisanaux, exercés individuellement et qui ont de nos jours un aspect pittoresque. — Un beau, un dur métier. Fam. Fichu, foutu, sale métier. Les nécessités, les risques, les joies du métier. Les ficelles, les secrets du métier. Loc. Le plus vieux métier du monde, celui de prostituée. — Apprendre, choisir un métier. 2. carrière. Exercer, pratiquer son métier, un métier : travailler. Faire tous les métiers. « J'ai fait mille métiers pour gagner ma vie » (Camus). Savoir, connaître, faire son métier, l'exercer comme il faut, faire ce qu'on doit faire. Il est plombier, garagiste de son métier. état. Être du métier : être spécialiste du travail dont il s'agit. Un homme de métier : un professionnel. Termes de métier. technique, technologique. Argot de métier. PROV. Il n'est point de sot métier : tous les métiers sont utiles et respectables. Chacun son métier, les vaches seront bien gardées. Loc. C'est le métier qui rentre, se dit à un novice qui commet une erreur, une maladresse.
3Occupation permanente qui possède certains caractères du métier. « Le métier de roi est grand, noble, et flatteur » (Louis XIV). Faire le métier de voleur, de proxénète.
Fonction qui ressemble à un métier. condition. Le métier de courtisan. Les intellectuels, « dont le métier est de chercher la vérité au milieu de l'erreur » (R. Rolland). fonction, rôle. Le métier de parents.
4Habileté technique (manuelle ou intellectuelle) que confère l'expérience d'un métier. technique; expérience, habileté, maîtrise, 1. pratique. Avoir du métier. Il a des idées mais aucun métier. Cet écrivain est doué, mais il manque de métier. Péj. La technique sous l'aspect du travail routinier, de la recette. « Il y a toujours, dans la composition d'un roman par un professionnel, une part de métier » (Maurois).
II(XVIe)
1Machine servant à travailler les textiles. Métier mécanique. Métier à filer la laine, le coton. jenny. Métier continu. Métier à tisser. Métier Jacquard. Métier à renvider (renvideur), à tricoter (tricoteuse). Métier à tapisserie, à dentelle. Métier à broder.
2Bâti qui supporte un ouvrage de dames (broderie, dentelle, tapisserie).
3Loc. fig. Mettre qqch. sur le métier. entreprendre. « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » (Boileau),cherchez sans cesse à l'améliorer.

métier nom masculin (latin populaire misterium, du latin classique ministerium, office, peut-être avec l'influence de mysterium, mystère) Activité sociale définie par son objet, ses techniques, etc. : Qu'est-ce qu'il fait comme métier ? Profession caractérisée par une spécificité exigeant un apprentissage, de l'expérience, etc., et entrant dans un cadre légal : On sort des universités sans métier. Habileté technique que procurent la pratique, l'expérience d'une activité professionnelle : Avoir du métier après vingt ans de présence dans l'usine. Fonction permanente possédant certains caractères d'une profession (pratique, expérience, responsabilité, etc.) : Le métier de mère, d'épouse. Broderie Armature de bois entre les bords de laquelle on tend un tissu ou un canevas à broder. Textiles Machine au moyen de laquelle on produit un fil (métier à filer) ou une étoffe (métier à tisser, métier à tricoter). ● métier (citations) nom masculin (latin populaire misterium, du latin classique ministerium, office, peut-être avec l'influence de mysterium, mystère) Maurice Barrès Charmes, Vosges, 1862-Neuilly-sur-Seine 1923 [Balzac,] son métier c'est son génie. Mes cahiers Plon Simone de Beauvoir Paris 1908-Paris 1986 Écrire est un métier […] qui s'apprend en écrivant. La Force de l'âge Gallimard Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux Paris 1636-Paris 1711 Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez. L'Art poétique Paul Claudel Villeneuve-sur-Fère, Aisne, 1868-Paris 1955 Je n'attache absolument aucun prix à la valeur littéraire de mon œuvre […] Charpentier, j'aurais mis la même conscience à bien raboter une planche que celle qu'en écrivant je mets à bien écrire. Propos (à A. Gide) Gallimard Jean-Pierre Claris de Florian Sauve, Gard, 1755-Sceaux 1794 Académie française, 1788 […] Chacun son métier, Les vaches seront bien gardées. Fables, le Vacher et le Garde-Chasse Jean de La Bruyère Paris 1645-Versailles 1696 C'est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule. Les Caractères, Des ouvrages de l'esprit Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Ce loup ne savait pas encor bien son métier. Fables, le Loup et le Chien maigre Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Mon métier et mon art, c'est vivre. Essais, II, 6 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Le plus âpre et difficile métier du monde, à mon gré, c'est faire dignement le roi. Essais, III, 7 Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 La chose la plus importante à toute la vie est le choix du métier : le hasard en dispose. Pensées, 97 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Aristophane Athènes vers 445-vers 386 avant J.-C. Que chacun fasse donc le métier qu'il sait faire. Les Guêpes, 1431 (traduction H. Van Daële) Commentaire Proverbe. On le retrouve chez Cicéron, Tusculanes (I, 18) : « Quam quisque norit artem, in hac se exerceat » ; dans Horace, Épîtres (I, XIV, 44) : « Quam scit uterque, libens, censebo, exerceat artem. » Aristote Stagire 384-Chalcis 322 avant J.-C. Il est beau de ne pratiquer aucun métier, car un homme libre ne doit pas vivre pour servir autrui. Rhétorique, I, 9, 27 (traduction J. Voilquin) Elizabeth Barrett, Mrs. Browning Moulton, Durham, 1806-Florence 1861 À Paris, le métier est un art, et l'art une philosophie. And trade is art, and art's philosophy in Paris. Aurora Leigh, VI Alekseï Maksimovitch Pechkov, dit Maksim Gorki Nijni Novgorod 1868-Moscou 1936 Quel beau métier que d'être un homme sur la terre. La Naissance de l'homme métier (expressions) nom masculin (latin populaire misterium, du latin classique ministerium, office, peut-être avec l'influence de mysterium, mystère) De métier, qui est propre à telle profession : Argot de métier. Être du métier, être un professionnel ; être spécialiste du travail dont il s'agit. Faire métier de quelque chose, en faire profession, s'en occuper habituellement. Le plus vieux métier du monde, la prostitution. Petits métiers, les métiers artisanaux ayant quelque chose de pittoresque ou d'aléatoire. Savoir, connaître, faire son métier, être habile en quelque chose, exercer son métier en vrai professionnel, savoir s'y prendre. Sur le métier, en train, en chantier. Métiers d'art, ceux qui se caractérisent par la recherche esthétique, la maîtrise de techniques traditionnelles aux mains de professionnels qualifiés. Chambres des métiers, chambres professionnelles qui, depuis 1925 en France, assurent auprès des pouvoirs publics la défense des intérêts de l'artisanat. Répertoire des métiers, répertoire tenu par les chambres des métiers, auquel doivent se faire immatriculer les artisans et entreprises artisanales. Syndicalisme de métier, syndicalisme de type britannique (trade unionism), ayant pour but de défendre les intérêts des salariés par métier (trade) et non par branche professionnelle. Métier de base, ensemble des activités, techniques et savoir-faire d'une entreprise depuis sa création. Métier de l'entreprise, ensemble des compétences que possède une entreprise qui lui confèrent des avantages concurrentiels. Corps ou communauté de métiers, ou métier, groupement économique de droit quasi public, soumettant ses membres à une discipline collective pour l'exercice d'une profession. Métiers de basse ou de haute lisse, métiers pour le tissage des tapisseries de lisse. ● métier (synonymes) nom masculin (latin populaire misterium, du latin classique ministerium, office, peut-être avec l'influence de mysterium, mystère) Activité sociale définie par son objet, ses techniques, etc.
Synonymes :
- carrière
- job (familier)
Habileté technique que procurent la pratique, l'expérience d'une activité professionnelle
Synonymes :
- capacité
- expérience
- habileté
- ingéniosité
- maîtrise
- virtuosité
Fonction permanente possédant certains caractères d'une profession (pratique, expérience, responsabilité...
Synonymes :
- état (vieux)
- rôle
- spécialité

métier
n. m.
rI./r
d1./d Occupation manuelle ou mécanique qui permet de gagner sa vie. Le métier de menuisier. Corps de métier.
d2./d Profession quelconque, considérée relativement au genre de travail qu'elle exige. écrivain qui connaît bien son métier.
Un homme du métier: un professionnel, un spécialiste.
|| Prov. Il n'y a pas de sot métier: toutes les professions sont honorables et utiles, même les plus humbles.
d3./d Savoir-faire, habileté acquise dans l'exercice d'un métier, d'une profession. Cet acteur a du métier.
rII./r TECH Machine utilisée pour la fabrication des tissus. Métier à tisser.
|| Châssis sur lequel on tend certains ouvrages. Métier à broder.
|| Loc. fig. "Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage" (Boileau).

⇒MÉTIER, subst. masc.
I. A. — Activité manuelle ou mécanique nécessitant l'acquisition d'un savoir-faire, d'une pratique. Métiers du bois; du bâtiment; Conservatoire, École des Arts et Métiers. L' ennoblissement, n'étoit pour une famille que le passage de la condition privée à l'état public, puisque la famille renonçoit à exercer des professions domestiques, arts ou métiers, pour se dévouer exclusivement à la profession publique de juger et de combattre (BONALD, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 325). Comme nous remontions la grande rue, elle fourmillait de monde; les gens de boutiques et de métiers descendaient leurs escaliers en dehors (ERCKM.-CHATR. Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 305).
HIST., fréq. au plur. Organisation réglementant une activité précise sous l'Ancien Régime, en particulier le savoir-faire, l'apprentissage, la hiérarchie, les droits et devoirs concernant les personnes exerçant cette activité. Synon. corps de métier. Registre des métiers; bannières des métiers; grands et petits métiers. Il n'y avait qu'à prendre exemple sur le fief; et c'est ainsi qu'en effet s'organisèrent peu à peu les métiers, comme des fiefs industriels et commerciaux (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 68).
B.P. ext. Occupation, profession utile à la société, donnant des moyens d'existence à celui qui l'exerce. Synon. activité, fonction, gagne-pain, (fam.) boulot. Tout ce que Mme Jeannin réussit à trouver, après mille efforts, fut une place de professeur de piano dans un couvent, métier ingrat et ridiculement payé (ROLLAND, J.-Chr., Antoinette, 1908, p. 869). Il est vrai que l'on choisit moins un métier qu'un genre de vie en rapport avec une histoire psychique personnelle (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 93):
1. Lui, était d'une intelligence très vive, très déliée, honnête même, ayant l'amour de son métier, grisé de sa toute-puissance, qui le faisait, dans son cabinet de juge, maître absolu de la liberté des autres.
ZOLA, Bête hum., 1890, p. 73.
SYNT. Métier dangereux, ennuyeux, fatigant, honnête, indépendant, lucratif, qualifié, pénible; beau, bon, dur métier; (fam. ou pop.) foutu métier; le pire, le dernier des métiers; métier de chien, de cochon; métier manuel, intellectuel; les joies, les nécessités, les risques du métier; les jalousies, les roueries du métier; l'ABC, les ficelles, les secrets, les tours du métier; les métiers d'art, de la guerre, de la mer, de la terre; argot, jargon de métier; apprendre, exercer un métier; aimer, connaître, faire, savoir son métier; faire tous les métiers; chercher, prendre, trouver un métier; avoir un métier dans les mains; gâcher, gâter, lâcher, quitter le métier; être du métier; être rompu au métier; entrer dans le métier; parler métier.
P. anal. Rôle dévolu, activité propre à un animal, un inanimé. Et puis, c'était une lune voilée, brouillée, flasque, veule. Elle faisait quand même son métier de lune, elle tournait (VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 420). Ne lui faites pas de mal! C'est un bon chien et qui sait son métier! C'est lui qui nous aide à vivre par son travail (CLAUDEL, Tobie et Sara, 1940, I, 4, p. 1235).
Locutions
♦Subst. (désignant une activité) + de son métier. Synon. de son état. Brunetto Latini, notaire de son métier, était érudit et subtil; de moeurs contre-nature, si l'on en croit Dante, qui d'ailleurs l'accable de respect (PAULHAN, Fleurs Tarbes, 1941, p. 215). Moi, je suis menuisier de mon métier. Oui, menuisier, monsieur, reprit-il comme le petit homme levait sur lui un regard plus attentif (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 185).
♦Subst. + de/par métier. [P. oppos. à activité de loisir ou amateur, avec valeur d'adj.] Activité régulière dont on vit. Anton. amateur. Le docteur Lanze est non seulement un médecin par métier, il l'est encore et surtout, par passion (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 65). Nous, soldats de métier, nous sommes soldats, quand il s'agit de nous imputer tant de fautes de guerre ou d'avant-guerre; nous sommes «nation armée», quand on veut trouver que ça n'a pas encore trop mal marché (BARRÈS, Cahiers, t. 11, 1917, p. 221):
2. Semblable au paysan qui fait sa tournée dans son domaine et qui prévoit, à mille signes, la marche du printemps, la menace du gel, l'annonce de la pluie, le pilote de métier, lui aussi, déchiffre des signes de neige, des signes de brume, des signes de nuit bienheureuse.
SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p. 154.
Armée de métier. Armée régulière composée de militaires de profession. L'armée du Directoire, devenue une armée de métier, reprit, par cet afflux qui entraînait un nouvel amalgame, un peu du caractère populaire de celle de l'An II (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963, p. 533).
Expressions
(À) chacun son métier. Chacun doit faire ce qu'il a à faire. Moi, je ne m'occupe que de vous, de votre bien-être; c'est mon devoir. Que chacun fasse le sien... Chacun son métier, comme on dit (SCRIBE, Bertrand, 1833, II, 2, p. 150).
Il n'y a pas de sot métier. Tout métier a son utilité. Y a pas de sots métiers et y a du bon monde dans tous les états... Mais vous êtes une personne rangée. Vous serez riche sur vos vieux jours (A. FRANCE, Crainquebille, 1905, p. 3).
C.P. anal.
1. Occupation, activité permanente s'apparentant à un métier par son utilité sociale, le savoir-faire ou le mode d'existence qu'elle implique. L'influence de la religion se fit nettement sentir dans le sentiment élevé qu'il eut de son devoir, dans la manière admirable dont il allait exercer son métier de roi (...) et de roi chrétien (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 112). Le métier de prêtre lui apparaissait comme le plus beau qui fût et il ne doutait pas de se rapprocher maintenant de la lumière qu'en secret il avait toujours cherchée, du bien qu'il avait désiré toujours (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 138).
2. Rôle social, intellectuel, politique joué dans la société. Le métier d'homme, de femme, de jeune fille. L'avidité consiste à ravir le bien d'autrui par violence ou par souplesse, comme dans les deux nobles métiers de conquérant et de courtisan (DESTUTT DE TR., Comment. Espr. des lois, 1807, p. 358). Il faut que je me mette à mon métier de père de famille, que je marie mon Hortense et que j'enterre le libertin (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 73).
Loc. adv. À ce métier. À ce genre d'existence, d'occupation. À ce métier-là, avec les visites à recevoir et à rendre, je n'aurais pas vu mon enfant de la journée et je n'aurais pas aperçu les Pyrénées (SAND, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 22).
3. Activité malhonnête, dégradante, exercée habituellement et réprouvée par la société. Métier de voleur, de proxénète. L'avocat général a déclaré aux jurés que de notoriété générale le témoin exerçait le métier de souteneur (CAMUS, Étranger, 1942, p. 1191). Le boiteux dessina quelque chose sur un bout de papier. «Voilà ce qu'il faut faire et se laisser faire dans le métier de courtisane» (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 269).
En partic. Le plus vieux métier du monde. La prostitution. Le «plus vieux métier du monde» existe aussi en Union soviétique, même s'il est officiellement dénoncé comme une «survivance du passé» et une tare «caractéristique du monde capitaliste» (Le Matin, 17 sept. 1981, p. 23, col. 4).
Loc. Faire métier de + subst. Tirer un profit malhonnête, immoral de quelque chose. Tous ces hommes qui font métier de funérailles (PICARD, Avent. E. de Senneville, 1813, I, p.170). Elle avait une âme, elle souffrait de son état et de faire métier de son corps (ARNOUX, Juif Errant, 1931, p.129).
Au fig. Faire métier et marchandise de. Tirer profit de l'exploitation malhonnête d'un sentiment, d'un idéal. Maudit soit, m'écriai-je, le premier qui s'est avisé de faire de l'horreur métier et marchandise! Maudit soit la nouvelle école poétique avec ses bourreaux et ses fantômes! (JANIN, Âne mort, 1829, p. 87). Évitons de faire métier et marchandise des mystérieuses allégresses et des ineffables émotions de notre vie religieuse (AMIEL, Journal, 1866, p. 128).
4. Manière d'être habituelle ou temporaire. Il se rend de là chez mon mari, et lui dit qu'il croit devoir l'avertir que je fais le métier de confidente, de complaisante, et que j'ai favorisé les amours de sa femme (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p.1772). Les hommes, maintenant, penchent vers Geneviève leurs plastrons blancs et font leur métier de séducteurs, comme si l'on gagnait la femme avec des idées (SAINT-EXUP., Courr. Sud, 1928, p. 23):
3. Ce monsieur Ganguernet, est de Pamiers, où, jusqu'à présent, il a toujours vécu. Il sait tous les tours de son métier de farceur. Il est fort habile à attacher un morceau de viande à la chaîne des sonnettes de porte-cochère, afin que tous les chiens errants de la ville viennent sauter après ce morceau de viande, et éveillent les domestiques dix fois dans la nuit.
SOULIÉ, Mém. diable, t. 2, 1837, p. 34.
Loc. Faire métier de + inf. S'appliquer à, s'adonner à. Telle fut l'origine des magiciens, des prêtres intermédiaires entre l'homme et la divinité, des augures et des oracles interpretes de ses secrets, et en général de tous ceux qui, au nom des Dieux, ont fait métier de tromper les hommes, pour vivre à leurs dépens (DUPUIS, Orig. cultes, 1796, p. 426). À lui, qui, débauché jusques à la folie Et dans les cabarets vivant au jour le jour, Aussi facilement qu'il méprisait la vie Faisait gloire et métier de mépriser l'amour! (MUSSET, Rolla, 1833, p. 25).
D.P. méton. Habileté, savoir-faire dans la production ou l'exécution manuelle ou intellectuelle acquise par l'expérience, la pratique que confère un métier ou une activité permanente. Ce qui prouve encore la puissance de M. Corot, ne fût-ce que dans le métier, c'est qu'il sait être coloriste avec une gamme de tons peu variée — et qu'il est toujours harmoniste même avec des tons assez crus et assez vifs (BAUDEL., Salon, 1845, p. 61). Elle ne vaut rien, rien du tout, continua Christophe. Elle n'a ni voix, ni goût, ni métier, pas l'ombre de talent (ROLLAND, J.-Chr., Foire, 1908, p. 779).
Péj. [P. oppos. à talent, génie dans le domaine artistique] Maupassant a du métier. Il réussit très bien la nouvelle Normande, et encore y a-t-il dans Monnier des choses plus drôles que son Cochon de Morin. Mais ce n'est pas un grand écrivain; ce n'est pas ce que nous appelons, nous, un artiste (RENARD, Journal, 1892, p. 112).
II. A.TECHNOL. Métier ou métier à tisser. Machine servant à confectionner un tissu. Métier horizontal, vertical; métier manuel, mécanique; métier à crochets, à navette, à tirettes; tendre un métier. Ces insulaires sont de tous les peuples non civilisés que nous ayons visités (...) les seuls chez qui nous ayons vu des métiers de tisserand: ces métiers sont complets, mais assez petits pour être portatifs (Voy. La Pérouse, t. 4, 1797, p. 77). Le métier français comprend un premier système de fils qui, provenant de bobines placées sur un râtelier, se présentent à l'avant du métier sous forme d'une nappe verticale (THIÉBAUT, Fabric. tissus, 1961, p. 98):
4. On possède actuellement en France les plus belles manufactures de soieries et de draps qu'il y ait au monde: peut-être les doit-on aux sages encouragemens de Colbert. Il avança 2000 francs aux manufacturiers par chaque métier battant...
SAY, Écon. pol., 1832, p. 189.
En partic.
Métier à filer. Il manie le tire-ligne et dessine des épures (...): celle d'un engin à creuser les tranchées, d'une machine à scier et à polir le marbre, d'un métier à filer le chanvre (P. ROUSSEAU, Hist. des techn. et des inventions, 1967, p. 242).
♦Dans le domaine de la bonnet. Métier circulaire, métier à tricoter. Métier permettant la confection des bas et chaussettes et des ouvrages en maille. Mais si notre comparaison schématique entre le métier circulaire et les métiers rectilignes peut se concevoir assez aisément, il n'en demeure pas moins que des problèmes techniques importants se sont posés aux réalisateurs de tels métiers circulaires (THIÉBAUT, Fabric. tissus, 1961, p. 163).
B. — Support rigide (cadre ou châssis) permettant de maintenir un ouvrage de couture. Métier à dentelle; dentelle au métier. Elle travaillait à un petit métier de tapisserie fort élevé (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 82). Madame de Beaupréau était dans un coin du salon, occupée à broder au métier (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 1, 1859, p. 117).
C.Au fig. Mettre/avoir sur le métier. Entreprendre ou réaliser quelque chose, en particulier une oeuvre artistique. Il n'est jamais gêné par l'entrechoc et la mêlée des inspirations différentes:— «J'ai sur le métier, dans le même temps, des choses différentes, mais je suis sûr de ne confondre aucune avec les autres...» (ROLLAND, Beethoven, t. 1, 1937, p. 287).
[P. allus. aux vers de Boileau dans L'Art poétique] Vingt, cent fois remettre sur le métier. Recommencer plusieurs fois une chose pour atteindre la perfection. De tous ces préceptes, je doute si le plus dédaigné n'est pas celui qui nous enjoint de vingt fois sur le métier remettre notre ouvrage (GIDE, Journal, 1946, p. 291):
5. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage et vous êtes à peu près sûr de l'achever comme on achève une bête qui va mourir. Toute spontanéité, tout élan, tout ce qui fait qu'un roman ou qu'une pièce vivent et respirent, voilà ce qu'on assassine en retravaillant certains textes.
GREEN, Journal, 1954, p. 238.
Vieilli. [En parlant d'une pers., de ses sentiments, ses idées] Elle est tombée entre les mains des Révérends Pères Jésuites qui l'ont remise sur le métier, et l'ont travaillée à neuf, de façon qu'elle est plus catholique que le Pape (J. DE MAISTRE, Corresp., 1804, p. 227). Nous avons des commandes pour plus de deux ans, sans compter les réputations qui sont sur le métier (JOUY, Hermite, t. 5, 1814, p. 150).
III. A.ART CULIN. Pâtisserie semblable aux oublies. Nous ne parlerons pas ici des métiers (...) qui sont autant de membres de la grande famille des gaufres (J. MAINZER, Français peints par eux-mêmes, t. 4, Le Pâtissier, 1841, p. 213).
B.BRASS. Liquide que l'on retire des cuves où l'on a fait bouillir le malt et le houblon. Le moût ou métier obtenu d'après l'un ou l'autre procédé (WURTZ, Dict. chim., t. 1, 1er vol., 1869, p. 117).
REM. 1. Métière, subst. fém., technol. Bassin d'épuration succédant au jas (v. jas3) dans les salines. Les eaux de la mer sont reçues dans des étriers (...), et, de là, par des vannes elles sont distribuées dans des écours secondaires. La même vanne alimente plusieurs marais (...) les eaux se rendent par un conduit en bois (...) dans le premier réservoir d'évaporation appelé métière (Enquête sur les sels, t. 1, Paris, Impr. Impériale, 1868, p.231). 2. Mestier, subst. masc., orfèvr. Sorte de chandelier destiné à recevoir un flambeau; p. méton. le flambeau lui-même. Ces flambeaux carrés à quatre canons ne sont autre chose que le mestier, dont parlent, au XVesiècle Olivier La Marche, puis plus tard Nicot et Savary (GAY t. 2 1928).
Prononc. et Orth.:[metje]. Ac. 1694, 1718: mestier, dep. 1740: mé-. Étymol. et Hist. I. 1. 881 lo Deo menestier «le service divin (spirituel, liturgique, pastoral)» (Eulalie, 10, ds HENRY Chrestomathie, p. 3); 2e moitié Xe s. mistier (ST LÉGER, éd. J. Linskill, 81: Et sancz Lethgiers fist son mistier, Missae cantat, fist lo mul ben; 103: Et sancz Lethgiers fist so mistier, Ewrui prist a castïer); 2. «fonction, service» a) ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 376); 1130-40 (WACE, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 403: Au deable se retorna, Hardiement li demanda, Son nom et ses mestiers); ca 1165 (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 1824: ... uns forestiers Cui la baillïe et li mestiers Estoit de le forest garder); 1er quart XIIIe s. en parlant de la fonction de roi (RENCLUS DE MOLLIENS, Carité, 32, 7 ds T.-L.); b) ca 1170 femme de mestier «prostituée» (MARIE DE FRANCE, Lais, éd. J.Rychner, Guigemar, 515) [cf. ca 1170 dameisele menestrale «id.», Rois, éd. E. R. Curtius, III, III, 16, p. 117]; 3. exercice d'une profession, d'un art a) demandant un certain savoir-faire ) 1160-74 en parlant du métier des armes (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, II, 3226); ca 1280 (ADENET LE ROI, Cleomadès, éd. A. Henry, 16018: Car d'armes est teus li mestiers Que il i couvient aperté); ) ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, Milun, 181: Jeo sui uns huem de tel mestier, D'oisels prendre me sai aidier); 1174-87 (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 5698: ... ovriers, Qui feisoient divers mestiers, Si com li mestier sont divers: cil fet hiaumes et cil haubers, Et cil lances et cil blazons) b)procurant une rémunération ca 1200 (Aiol, 971 ds T.-L.: Il vous aprendera quir a taillier; vous viverés mout bien de cest mestier); 4.ca 1165 «manière de procéder, d'agir, d'en user» (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, 24094 ibid.); 5. a) ca 1180 genz de mestiers «ceux dont le métier exige des connaissances, les lettrés» (Proverbe au vilain, 229, 1 ds T.-L.); ca 1260 (PHILIPPE DE NOVARE, Quatre âges, éd. M. de Fréville, 213 : cil de mestier sont mout grant genz; car cil qui ont les soverains mestiers, ce sont prestres et clers); b) début XVe s. gens de mestier «artisans» (Livre des faicts du Maréchal de Boucicaut, ds MICHAUD et POUJOULAT, Mém. relatifs à l'Hist. de Fr., II, 10, t. 2, p. 266b); fin XVe-début XVIe s. gens de mestier «ouvriers» (Ballade des Haulx-Bonnets ds Anc. poésies fr., éd. A. de Montaiglon, t. 4, p. 332); 6. ca 1316 les mestiers «les gens de métier, les corporations» (GEFFROY, Chron. métr. 5078 ds T.-L.). II. Ca 1200 «instrument servant à tisser les textiles» (JEAN RENART, Escoufle, 4965, ibid.: uns mestier por gimples faire). Du lat. ministerium «fonction de serviteur [minister], service, fonction», spéc. «service divin» à l'époque class., puis, dans la langue chrét. «service de Dieu, ministère du service de Dieu; ministère de prêtre; sacerdoce; administration des sacrements»; du sens «service de la table» est issu, à basse époque et p. méton. ceux de «ustensile, objet de la table, vaisselle, vase» (anno 136 ds TLL s.v.) et de «mobilier» (VIIIe-IXe s. ds NIERM.); du sens de «service» sont issus au Moy. Âge ceux de 1. «usage, besoin» (861-882, HINCMAR DE REIMS ds Nov. gloss., s.v.), d'où le sens, usuel en a.fr., de «utilité, besoin» ca 1100 avoir mester [a aucun] «(d'une chose) être utile, servir à» (Roland, éd. J.Bédier 1742; début XIIe s. avoir mester d'aucune rien «d'une personne) avoir besoin de» (BENEDEIT, St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1484), 2.«métier, profession» (864, Capit. reg. Franc. ds Nov. gloss., s.v.), d'où est dér. celui de «corps de métier» (ca 961, FOLCUIN, ibid.). Mestier repose sur un lat. vulg. misterium qui, plutôt qu'à une contraction de ministerium, est dû à un croisement avec le lat. mysterium dont les sens, dans la langue chrét., sont très voisins: «rites, célébration; les saints mystères, la messe» (cf. F. BLATT ds Arch. Lat. Med. Aev. t. 4, 192, p. 80-81 qui explique comment le ministerium et le mysterium se sont confondus dans la personne du prêtre, serviteur [minister] de Dieu, qui renouvelle le mystère [mysterium] du Christ): cf. mysterium au sens de ministerium ds Itala I Cor., XII, 5: divisiones mysteriorum «la diversité des ministères» [Vulgate: div. ministrationum] et Ve COMMODIEN, Instr., II, 27, 1: mysterium Christi, zacones, exercite casti [= ministerium exercece] ds TLL, s.v mysterium, 1758, 12 sqq.; cf. également le lat. médiév. mysterium au sens de «table, étal» (anno 1116 ds Nov. gloss., s.v. mysterium (à rapprocher de ca 1200 mestier «table» ds T.-L.) et l'a.fr. mistere «métier» (doc. 1334 ds GDF.). Fréq. abs. littér.:4850. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 5053, b) 6223; XXe s.: a) 8085, b)8117. Bbg. GEMMINGEN Arbeit 1973, p. 89. — THOMAS (A.). Nouv. Essais 1904, p. 133; pp.139-141, 144.

métier [metje] n. m.
ÉTYM. Xe, menestier, mistier, « service », « office »; contraction du lat. ministerium (→ Ministère), altéré en misterium, infl. de mysterium. → Mystère.
1 Il signifie dans l'origine : service de détail; métier, c'est ministère (ministerium, dans lequel minus s'entrevoit). Il est intéressant de noter que le langage a utilisé ce mot dans des locutions dont l'une en relève le sens : métier de roi; l'autre le réduit à désigner une machine : métier à tisser.
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 271.
———
I
1 Genre d'occupation manuelle ou mécanique qui trouve son utilité dans la société. Art (arts mécaniques), industrie; et ci-dessous 2. || Régime des métiers au moyen âge. Corporation. || Les corps de métiers. || Livre des métiers. || Artisans (cit. 1) de tous métiers. || Homme, gens de métier (vx). Artisan, ouvrier. || Apprendre un métier. Apprenti (cit. 2). || Louis XVI connaissait le métier de serrurier. || Donner un métier à son fils. || Conservatoire, École des arts et métiers.
2 (…) depuis la fonderie des canons jusqu'à la filerie des cordes, il n'y eut aucun métier qu'il n'observât, et auquel il ne mît la main (Pierre le Grand), toutes les fois qu'il était dans les ateliers.
Voltaire, Hist. de Russie, I, IX.
3 MÉTIER (…) on donne ce nom à toute profession qui exige l'emploi des bras, et qui se borne à un certain nombre d'opérations mécaniques, qui ont pour but un même ouvrage, que l'ouvrier répète sans cesse. Je ne sais pourquoi on a attaché une idée vile à ce mot; c'est des métiers que nous tenons toutes les choses nécessaires à la vie (…) Le poète, le philosophe, l'orateur, le ministre, le guerrier, le héros, seraient tout nus et manqueraient de pain sans cet artisan objet de son mépris cruel.
Encycl. (Diderot), art. Métier.
4 (…) ce n'est point un talent que je vous demande, c'est un métier, un vrai métier, un art purement mécanique, où les mains travaillent plus que la tête (…) je veux absolument qu'Émile apprenne un métier. Un métier honnête, au moins, direz-vous ? Que signifie ce mot ? Tout métier utile au public n'est-il pas honnête ?
Rousseau, Émile, III.
Métier s'employait, et s'emploie parfois encore, en parlant d'une occupation noble, d'un art, pour mettre l'accent sur le travail, la technique qu'il exige. || « C'est un métier de faire un livre comme de faire une pendule » (La Bruyère → Art. cit. 59). Pour mettre l'accent sur le profit matériel, l'aspect vénal. || « Ils font d'un art (cit. 58) divin un métier mercenaire ».Loc. Faire métier et marchandise de… : faire commerce de…, gagner de l'argent avec… (péj.).(Dans le même sens). || Faire un métier de la dévotion (→ Libertin, cit. 5). Voir ci-dessous le sens 3.
5 Trente juges étaient tirés des principales villes (de l'Égypte antique) pour composer la compagnie qui jugeait tout le royaume (…) Le prince leur assignait certains revenus, afin qu'affranchis des embarras domestiques, ils pussent donner tout leur temps à faire observer les lois. Ils ne tiraient rien des procès, et on ne s'était pas encore avisé de faire un métier de la justice.
Bossuet, Discours sur l'hist. universelle, III, III.
6 — Depuis quand, dit Simon Giguet, de bons citoyens comme ceux d'Arcis voudraient-ils faire métier et marchandise de la sainte mission du député ?
Balzac, le Député d'Arcis, Pl., t. VII, p. 663.
2 Genre de travail déterminé, reconnu ou toléré par la société, dont on peut tirer ses moyens d'existence (cit. 22). Profession; fonction; gagne-pain; boulot, job (fam.). || Métier manuel, intellectuel… || Métier d'homme, de femme. || Les femmes ont progressivement accès aux métiers traditionnellement réservés aux hommes. || Le métier de cultivateur, d'artisan, de commerçant ( Commerce, magasin), de comédien (→ Épancher, cit. 18), de professeur, de magistrat… — ☑ (1690). Loc. Le métier de la guerre, des armes ( Parti); (poét. et vx) le métier de Mars. Militaire (→ Héros, cit. 10). || Métier noble. || Métier infâme (cit. 8). — ☑ Loc. Le plus vieux métier du monde, celui de prostituée.Hiérarchie des métiers (→ Fileur, cit. 2). || Petits métiers : métiers artisanaux exercés individuellement et qui ont de nos jours un aspect pittoresque. || Ouvrage sur les petits métiers et les cris de Paris au XVIIIe siècle.Métier intéressant, agréable, passionnant; métier fastidieux, odieux, astreignant ( Harnais), dur (cit. 16), rude (→ Apprentissage, cit. 3). || Métier fatigant, pénible, malsain, dangereux, périlleux (→ Exercer, cit. 15). — ☑ Loc. fig. C'est un métier de chien, (vx) un métier de galère (cit. 7). Fam. || Fichu, foutu, sale métier ! || Métier sédentaire. || Métier lucratif; métier qui nourrit bien, qui ne nourrit pas son homme. || Un bon métier.Les avantages, les ennuis, les inconvénients, les risques du métier.Choisir un métier. Carrière. || Avoir un métier, plusieurs métiers (→ Avoir plusieurs cordes à son arc; fortune, cit. 47). || N'avoir aucun métier (→ Légende, cit. 6) et vivre d'expédients. || Faire, exercer un métier (→ Forgeron, cit.; laveur, cit. 2); il est resté longtemps sans exercer son métier, sans travailler. || Exercer le métier de commerçant (cf. Tenir boutique). || Il a fait tous les métiers. || Dans l'exercice de son métier.Connaître les éléments (cit. 6), les finesses (cit. 7), les secrets, les ficelles du métier. || Pratique, expérience d'un métier (→ Machine, cit. 15). || Être jeune, être vieux dans le métier.Savoir, connaître son métier, l'exercer comme il faut, faire ce qu'on doit faire (→ Atelier, cit. 9; coiffeur, cit. 1; honnêteté, cit. 5; justice, cit. 24). || Parler de son métier → Parler boutique. || Il fait bien, mal son métier. || Il ne sait pas son métier, c'est un amateur. || C'est son métier de… : cela fait partie de son métier.Gâcher, gâter le métier.Apprendre son métier à qqn (→ Batteur, cit. 2), lui donner une leçon, et fig. le remettre à sa place.S'attacher (cit. 72) à son métier, aimer son métier (→ Élément, cit. 18). || Se spécialiser dans son métier. || Changer de métier. || Il a fait tous les métiers. || Vivre de son métier. || N'exercer aucun métier : être sans profession. || Il n'avait pour subsister que son métier d'horloger (cit. 2). — ☑ De son métier. || Potier, forgeron… de son métier. || Il est plombier, garagiste de son métier. État (→ Figuline, cit.).Dans notre métier. Corporation. — ☑ De, du métier. || Être du métier : exercer le métier en question, être spécialiste du travail dont il s'agit. || Demandez-lui son avis, laissez-lui faire cela, il est du métier (→ De la partie). || Un homme de métier, dont c'est le métier de… Professionnel. || N'écoutez pas les conseils de n'importe qui, adressez-vous à un homme de métier.Termes de métier. Technique (adj.), technologique. || Argot de métier (→ Généraliser, cit. 5). — ☑ Prov. Il n'est point de sot métier : tous les métiers sont utiles et respectables.|| « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées » (Florian) : chacun doit s'occuper de son affaire exclusivement pour que tout marche bien. || Il n'y a aucun métier qui n'ait son apprentissage (→ École, cit. 14).
REM. Dans le langage administratif, on emploie profession pour tout métier, bien que profession soit d'un usage plus restreint dans le langage courant.
7 (Paris) Où cent mille artisans, en cent mille façons,
Exercent leurs métiers; l'un aux lettres s'adonne,
Et l'autre, Conseiller, tes saintes lois ordonne;
L'un est peintre, imagier, armurier, tailleur,
Orfèvre, lapidaire, graveur, émailleur;
Les autres nuit et jour fondent artillerie,
Ronsard, Premier livre des hymnes, « Hymne de Henry II ».
8 L'agriculture est le premier métier de l'homme : c'est le plus honnête, le plus utile, et par conséquent le plus noble qu'il puisse exercer.
Rousseau, Émile, III.
9 (…) je fais un métier périlleux, infâme, peu lucratif, et qui me déplaît, mais la nécessité contraint la loi.
Diderot, Jacques le fataliste, Pl., p. 605.
10 Tenez, exemple, j'ai voulu faire apprendre le métier du cartonnage à mes filles. Vous me direz : Quoi ! un métier ? Oui ! un métier ! un simple métier ! un gagne-pain ! Quelle chute, mon bienfaiteur ! Quelle dégradation quand on a été ce que nous étions !
Hugo, les Misérables, III, VIII, XIX.
11 — Sans doute, conclut-il, toutes les femmes ne voudraient pas tenir les cabinets. Mais il n'y a pas de sot métier.
Zola, la Bête humaine, I.
12 Toujours les mêmes boutiques, sans le moindre vitrage, ouvertes au vent; aussi simples, aussi élémentaires quelle que soit la chose qui s'y fabrique ou s'y brocante, qu'il s'agisse d'étaler de fines laques d'or, des potiches merveilleuses, ou bien des vieilles marmites (…) Et toute sorte de petits métiers impayables exercés à la vue du public, à l'aide de procédés primitifs, par des artisans à l'air bonhomme.
Loti, Mme Chrysanthème, XII.
13 Ce métier de maréchal-ferrant est dur et même dangereux à cause des coups de pied de chevaux, mais quand l'on est fort, celui-ci ou un autre, tous les métiers se valent pourvu qu'on arrive à manger du pain.
Ch.-L. Philippe, Père Perdrix, I, I.
14 Ses études de médecine avaient été des plus brillantes et ses premiers travaux remporté l'applaudissement des gens de métier.
Gide, Corydon, p. 16.
15 M. Brunetière est fort savant; il a mieux qu'une teinture de toutes choses. Sur le XVIIe et le XVIIIe siècle, son érudition est imperturbable. Il est visible qu'il a lu tous les classiques, et tout entiers. Cela n'a l'air de rien : combien, même parmi les gens « du métier », en ont fait autant ?
Jules Lemaître, les Contemporains, 1re série, p. 218.
16 N'était vraiment un homme digne de ce nom, pour eux, que l'homme exerçant un métier et l'exerçant avec compétence. Ils ne cachaient pas leur orgueil de posséder le leur à la perfection, ni leur mépris pour les sans-métier. Cela va sans dire. Plus méprisables encore, si possible, leur paraissaient les maladroits, les ignorants, les malhonnêtes qui, ayant choisi un métier — quel qu'il fût — le faisaient mal.
H. Bosco, Un rameau de la nuit, p. 44.
17 Un ouvrier de cinquante ans, qui, depuis sa quinzième année, n'avait jamais fait que la même tâche qui consistait à planter, avec une machine, des crins dans le manche d'une brosse, s'écriait avec douleur : « Je n'aurai donc jamais de métier ! Ce que je fais, ce n'est pas un métier ! » Son cri rendait hommage à la réalité créatrice, à la qualité spirituelle du métier véritable, c'est-à-dire de l'effort par lequel l'homme s'affirme au lieu de sentir l'exigence de la besogne comme une fatalité.
Daniel-Rops, Ce qui meurt…, p. 152.
18 «  Il lui aurait fallu une occupation, un métier. Puis-je, avec le fardeau de ma richesse, exiger d'elle qu'elle travaille ? Ne m'est-elle pas attachée par cette oisiveté même que je lui permets de poursuivre ? Ce serait la perdre que de lui donner les moyens de l'indépendance… »
Aragon, les Beaux Quartiers, II, XVI.
19 J'ai connu la pauvreté à dix-huit ans, au sortir de l'aisance. J'ai fait mille métiers pour gagner ma vie.
Camus, la Peste, p. 270.
tableau Noms de métiers.
3 Occupation permanente (qui possède certains caractères du métier (2.).) || Le métier de roi, de régner. || Le dur métier de missionnaire.C'est un dur métier que l'exil, recueil de poèmes de Nazim Hikmet.
20 Le plus âpre et difficile métier du monde, à mon gré, c'est faire dignement le Roi (…)
Montaigne, Essais, III, VII.
21 Le métier de roi est grand, noble, et flatteur, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage; mais il n'est pas exempt de peines, de fatigues, d'inquiétudes.
Louis xiv, Mémoires, in Voltaire, le Siècle de Louis XIV, XXVIII.
Par ext. || Faire le métier de voleur, de proxénète. || Vous faites un joli (cit. 15) métier ! || Jamais empoisonneur (cit. 1) ne sut mieux son métier.
22 Il n'y a point au monde un si pénible métier que celui de se faire un grand nom : la vie s'achève que l'on a à peine ébauché son ouvrage.
La Bruyère, les Caractères, II, 9.
23 Cette veuve de vingt-neuf ans a si bien fait son métier de voleuse qu'elle a quarante mille francs de rente pris à deux pères de famille.
Balzac, la Cousine Bette, Pl., t. VI, p. 461.
24 Accomplir bien son métier d'homme, c'est faire adhérer pleinement son destin temporel aux vues de la Providence, si l'on croit en elle, — au progrès de l'humanité, si l'on préfère cette autre dénomination.
Daniel-Rops, Ce qui meurt…, p. 167.
(1588). Littér. Fonction qui ressemble à un métier (1.). Condition, rôle. || Le métier de courtisan (cit. 2), de plaisant (→ Aise, cit. 14), d'honnête (cit. 13) femme. || Les intellectuels (cit. 9) dont le métier est de remuer toutes choses, de chercher la vérité (→ Erreur, cit. 21).
4 Habileté technique (manuelle ou intellectuelle) que confère l'expérience d'un métier (2.). Technique; expérience, habileté, maîtrise. || Le métier d'un artisan, que possède un artisan. Tour (de main). || Métier d'un artiste, d'un écrivain.Plus cour. (absolt). || Avoir du métier. || Il a des idées mais aucun métier. || Jeune professeur qui a peu de métier. || Leconte de Lisle devait son excellent métier à Hugo (→ Ironie, cit. 8). || Le talent, l'art et le métier (→ Livre, cit. 19).Péj. La technique sous l'aspect du travail routinier, de la recette (par oppos. à inspiration). → Brio, cit. 4; frelater, cit. 6. || Il y a une part de métier dans la composition (cit. 3.1) d'un roman par un professionnel.
———
II
1 (Fin XIIe). Machine servant à ouvrer les textiles. || Métier à main. || Métier mécanique. || Métier à filer la laine, le coton… Filage, filature (cit. 1), jenny. || Banc à broches des métiers à filer. || Métier continu. || Métier à renvider. Renvideur. || Métier à retordre la ficelle.Cour. || Métier à tisser, et absolt, métier ( Tisser). || Pièces principales d'un métier à tisser. Arbalète, casse-chaîne, casse-trame, ensouple, navette, poitrinière, semple, tempe, tendoir… || Métier Jacquard (→ Machine, cit. 21). || Métier à tisser circulaire. || Métier rectiligne sans navette.Métier à tricoter. Tricoteuse. || Métier à tapis, à tapisserie (→ Arabesque, cit. 8). || Métier à dentelle. || Métier à broder.
25 Ces femmes ne sont pas comme nos femmelettes
Qui font par le métier promener les navettes
En ourdissant la toile.
Ronsard, Premier livre des hymnes, « De Calays et De Zethés ».
26 (…) Jacquard, protégé par Chaptal, vient de mettre, entre les mains de ses compatriotes, le métier qui permettra de satisfaire aux vœux de l'Empereur.
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Vers l'Empire de l'Occident, VII.
27 (…) il a fait exprès, une année, le voyage de Lyon, pour passer une journée chez un grand « soyeux » et regarder les métiers, harpes aux mille cordes, inscrire, sur fond de soleil et de lune, de nuit et de jour, un portrait de fleur, des arabesques pleines d'audace, les reflets qui bougent sur la gorge des pigeons, une volée d'atomes, des semences bizarres, des animalcules sous-marins.
Colette, Belles saisons, p. 76.
tableau Noms de machines.
2 Bâti qui supporte un ouvrage de dames (broderie, dentelle, tapisserie…).
28 Elle s'empressa de retourner à son métier, et eut l'air, pour tout le monde, de recommencer sa tapisserie : mais moi, je m'aperçus bien que sa main tremblante ne lui permettait pas de continuer son ouvrage.
Laclos, les Liaisons dangereuses, XXIII.
3 (1640). Fig. (En parlant des ouvrages intellectuels). Mettre sur le métier. Entreprendre. || Une œuvre sur le métier, qu'on est en train de faire (→ En chantier). — ☑ Allus. littéraire :
29 Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez (…)
Boileau, l'Art poétique, I.
30 J'aurai achevé, j'espère, dans un mois au plus tard, ces deux volumes de roman qui sont, depuis bientôt deux ans, sur le métier.
Sainte-Beuve, Correspondance, 372, 17 mai 1834.
4 (1680). Techn. Cuve utilisée par le vinaigrier pour pressurer la lie du vin.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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